Auteur : Samuel Monnard

A vélo dans Siem Reap

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Après une nouvelle étape de 6 heures de bus, nous entrons dans Siem Reap. Elle se trouve au centre de la vaste zone d’Angkor. Elle n’était encore qu’un village à la fin du 19ème siècle. Mais lorsque les explorateurs européens ont “découvert” les temples d’Angkor, Siem Reap est rapidement devenue un haut lieu touristique.

Lorqu’on entre dans cette ville, on a l’impression d’arriver sur un damier, dont la plupart des cases sont vides. Il faut se rapprocher du centre pour trouver les touristes, les deux marchés (le vieux et celui du soir), le jardin royal de l’indépendance et le palais royal.

Depuis la guesthouse (green town guesthouse), nous empruntons deux vélos à 1 dollars la journée. C’est le meilleur moyen de locomation qui soit, puisqu’ainsi on peut rapidement visiter la ville, se poser sur une terrasse, se rendre au marché, etc. Mais il faut toutefois aimer la circulation à la mode cambodgienne. Je crois l’avoir comprise, du moins, je m’y suis vite habitué. Il suffit de tout le temps avancer, carrefour ou pas, mais toujours suffisament lentement pour qu’on puisse anticiper ta position sur la route. Bien évidemment, c’est une toute petite ville !

Nous visiterons avec le même moyen de transport, les temples d’Angkor et c’est l’une des parties du voyage que j’ai préféré. Un peu moins de 10 kilomètres pour atteindre Angkor Vat et quelques kilomètres de plus pour voir d’autres temples moins visités par les touristes. C’est absolument génial d’être libre de tout mouvement. On s’arrête dans un boui-boui, loin des touristes, on savoure une pause en regardant des enfants joués, après le lever du soleil, nous prenons notre petit déjeuner acheté dans un supermarché local, au bord du lac en face d’Angkor Vat, on escalade un autre temple. Bref, on se sent libre avec nos vélos !

Un miroir dans les yeux

Il y quelques heures, lorsque nous rentrions du centre de Siem Reap, nous avons croisé le regard d’une première petite fille. Elle pointait du doigt sa maman, qui ressemblait davantage à une personne âgée. Son regard, contrairement à d’habitude, n’implorait pas. Non, il souriait à la possibilité que nous l’écoutions. Après quelques vagues mots en anglais, elle ne souhaitait pas d’argent mais du lait maternel en poudre. Nous nous rendons dans le petit boui-boui pour en demander et elle repartira avec grand pot à 6 dollars.

Cette rencontre a raisonné comme la prémisse à un ressenti encore plus fort. Comme si, cette petite fille avait juste entrouvert la porte de mon coeur. Une centaine de mètres plus loin, de l’autre côté de la route, deux enfants dorment sur des sacs de riz, rempli sûrement de quelques affaires personnelles. Ils doivent avoir 5 ans. En levant mes yeux, je remarque la silouhette d’une femme dont le regard cherche quelque chose à gauche, à droite, par-terre. Dans tous les sens, ses yeux cherchent. A ce moment précis se figent en moi l’image d’une personne abandonnée, pleine de désaroi où le silence est la pire des tortures. Elle me touche profondemment.

Tout le reste du chemin, je réfléchis à cette impression, ce qu’elle évoque en moi. Je pense alors que j’ai encore des blessures à soigner, simplement. Mes yeux voient des images, mon coeur les ressent, mon cerveau les interprêtent… quelques larmes glissent sur ma joue.

Phnom Penh

Quatre heures pour arriver dans la capitale du Cambodge depuis Kep. Nous quittons la plage de l’Ile au lapin à 11h. Notre barque à moteur, la même que celle des pêcheurs,  nous emmène au débarquadaire où nous prenons un tuk tuk jusqu’à la station de bus.

Nous arrivons dans la capitale en fin de journée. Sur place, le frère de notre chauffeur à Kep, nous emmène au C’est Wat, le guesthouse que nous avions préalablement réservé. Mais la tenancière nous apprend que nous devons loger ailleurs, car des problèmes informatiques sont survenus lors de la réservation. Notre chauffeur, qui oh surprise, parle quelques mots de français nous propose un autre hôtel, le Modern city hotel. Il nous propose également d’être notre guide pour la visite de la ville et ainsi exercer son français. Nous acceptons volontiers !

L’hôtel n’est pas des meilleurs, surtout pour le prix qu’il nous est loué. Mais nous sommes au centre, proche de la rivière et des lieux à visiter. Le principal !

En entrant dans Phnom Penh, mes premières impressions étaient bonnes, mais je ne sais  nullement l’expliquer par des faits – j’ai tenté à maintes reprises de me l’expliquer en vain. Quelques éléments de réponse. Malgré ses 1,5 millions d’habitants, la ville s’aborde comme un village. Il y a encore peu de grands buldings. A l’instant où j’écris ces mots, j’espère que la ville saura gardé ses vieux bâtiments emprunts d’histoire. En ce qui concerne la circulation, rien à dire de nouveau, c’est le bordelle absolu mais comme une fourmillère, la circulation est très fluide. J’ai eu un autre coup de coeur pour le bord de la rivière dont l’espace est ouvert à une promenade et où se confonde autochtones et touristes. Je crois que c’est une différence non négligeable avec la Thaïlande, le mélange des Cambodgiens avec les étrangers.

L’histoire du cambodge est impressionnante. Elle marquera sans doute même le plus désintéressé des touristes. Le dernier affront des Cambodgiens fût celui des Khmers rouges. A l’image de Mao, les Cambodgiens ont pour plupart été emmené de force dans les zones agraires, mais également torturé et tué pour des raisons qui dépassent l’entendement, celui de posséder une culture. Je n’arrive pas à comprendre ce qui a amené la déportation de tous les habitants de Phnom Penh, soit 2 millions d’habitants, moins encore la manière dont ils ont été torturés, violés, tués, cela pour des raisons aussi saugrenues, du vol de bananes au faite qu’il possède une éducation. Pendant la période des Khmers rouges, les écoles ont été transformées en abattoir, voir aussi en prison dont la célèbre et lugubre prison S-21. Aujourd’hui, c’est un musée en mémoire des victimes. Lorsque vous entrez dans l’enceinte de l’école bordée de hauts murs, vous ne vous doutez pas encore des atrocités commises en son antre. Dans le premier bâtiment, les salles de classes sont aménagées en lieu de torture. Quelques photos témoignent des prisonniers gisants dans leur sang à même le sol, enchaînés à une barre d’acier. Puis dans un autre, on trouve les compartiments dans lequel attendent les prisonniers. Cela ressemble à des enclos, avec juste la place pour un corps couché. La boule au ventre, nous traversons ces pièces en cherchant de l’air pour reprendre nos esprits. Ce qu’il s’est passé ici est inhumain.

Nous visiterons également un autre lieu dédié aux atrocités des Khmers rouge, les charniers de Choeung Ek. Ce lieu autrefois bordés de hauts murs fût le théâtre d’exécutions en masse. Grâce à un guide audio, nous suivons le sentier balisé tout en écoutant les procédures d’exécution, les témoignages des rescapés, quelques brèves sur l’histoire des Khmers rouges. Au sol, on y voit les fosses, vidées afin d’y identifier les victimes. Mais quelques ossemements et des habits continuent, avec les mouvements du sol, à remonter à la surface. Le long du lac, on écoute les témoignages. Comment continuer à vivre après de telles expériences ? L’un d’eux explique qu’il faut témoigner, simplement dire ce qu’il s’est passé pour que les générations futures ne refassent pas les mêmes erreurs.

Je pense alors à d’autres génocides passés, ailleurs dans monde mais aussi à ceux qui se perpétuent encore ! Comment prévenir de tels agissements, surtout lorsqu’on sait que ce sont les ignorants qui sont enrôlés dans ce genre de massacre – ils sont si facilement manipulables.
Je décide alors, qu’à mon retour, j’en apprendrai davantage sur les causes de ces massacres.

L’Ile au lapin

Nous mettons le cap sur Koh Tonsay, connue par son nom, l’Ile au lapin. En matière d’authencité, nous sommes servis. Tout le monde y cohabite, que ce soit les poules, les oies, les canards, les chiens, les chats. Lorsque nous prenons possession de notre bungalow, notre hôtesse doit chasser une poule, qui semble-t-il trouvait le lit à son goût, qui plus est en y pondant un oeuf. L’habitacle est très vétuste, on se lave en puisant l’eau dans un grand bidon. La plage de sable et l’ambiance calme est agréable.

Il est évident que nous entreprendrons le tour de l’île. En partie par la plage, par la jungle, nous croiserons des familles de pêcheurs. Nous découvrons aussi un terrain de volley ball. Et après le jacassement des geckos, le chant des oiseaux, nous entendons le miaulement implorant d’un chat. Pris d’affection, nous pensons qu’il souhaite nous accompagné, du moins qu’il a soif ou faim. Mais rien du tout, il se presse de se frotter, de se retourner quelques fois sur le dos avant de nous regarder partir.

Un petit crabe à Kep

La ville de Kep est le St-Tropez cambodgien. Elle a connu ses années fastes où l’élite française et cambodgienne y séjournait. Toutefois, dès la période des Khmers rouges, beaucoup de maisons coloniales ont été détruites dans les années 1970.

En arrivant à Kep, on ressent la forte impression d’être au sud-est de la France. Pas étonnant puisque la France y est très présente en investissant de l’argent dans les nouvelles infrastructures, comme les routes mais aussi la restauration des ancienes bâtiments. Kep, c’est aussi l’occasion de déguster du crabe local avec une excellente sauce au poivre, provenant des productions de Kampot. Il est amusant de découvrir du grains poivre frais encore attaché à sa tige.

L’unique tentative de ballade dans le parc national du coin nous amènera à voir au loin les cultures de poivre mais aussi de sel. Entêté, j’ai proposé de nous rendre à pied jusqu’au parc. Evidemment sans connaître le chemin pour s’y rendre, ce fût une véritable expédition. En s’éloignant des maisons, nous découvrons de petits chemins dont l’issu nous est inconnu. Nous traversons également la décharge où les déchets sont brûlés au grand air. Quelques vaches et chiens fouillent parmi les déchets, mais quelques autochtones aussi. Cela fait partie des images difficiles à digérer. Par contre, il n’est pas rare de croiser une poule suivie de sa troupe de poussins et le sourire amusé des résidents à arpenter cet endroit insolite. 

Notre hôte est française, de Toulouse. Etrange impression d’entendre cet accent que j’affectionne particulièrement. Nous resterons deux nouvelles journée avant d’entreprendre de nous rendre sur l’île des Lapins en bateau.

La première plage cambodgienne

Nous arrivons dans la ville portuaire de Sihanoukville. Dès notre arrivée,  un chauffeur de taxi nous convoit juqu’à la plage de Otress Beach, un peu en dehors de la ville. La guesthouse dans laquelle nous logeons est tenue par deux australiens, l’ambiance y est donc… australienne. Cela jusque dans le menu où ils proposent des côtes levées (spare ribs) dont nous serons tenu d’y goûter (avec bonheur cela dit, enfin quelque chose dans lequel mordre !).

Anciennement appelée Kompong Som (littéralement port agréable), Sihanoukville est le seul port maritime en eau profonde. Contrairement à la Thaïlande, la surface de plages aménagées est moindre. Toutefois à Otress Beach, il est agréable de partager la plage avec les autochtones. Le soir venu, le terrain de beach volley est animé par les jeunes cambodgiens. Toutefois je pensee qu’il faudrait arpenter les quelques îles au large pour découvrir des petits coins de paradis.

L’ambiance dans les auberges est festive. Contrairement à l’Eden Garden à Ko Pha Ngan, je ne me sens pas porté par l’ambiance humaine, ni musicale. Les nuits se prolongent tardivement et les hamacs qui se balancent au petit matin en témoignent.

Passage de la frontière

Il est à peine 8h lorsque mon café froid est servi. Ce matin, nous prenons à nouveau le bus. Nous franchirons la frontière en fin de matinée et dans 4 heures, nous serons dans la ville portuaire de Sihanoukvile.

12h30 Le passage de frontière s’est passé sans encombre, du moins presque. Oui car j’ai dans mes documents, les billets de tous les bus, trains, automates à billets, bâteaux, copies de passeport, copies du billet d’avion, d’autres billets bizarres sauf celui… précisemment de ce voyage ! Du coup, pendant que les autres passagers présentent leur passeport, je démonte mon sac… Tout en sort, ou presque. Non, je ne l’ai pas. Bref, le conducteur du bus m’arrange le coup contre 500 baht (équivalent de 15 francs suisses). La présentation du passeport coûte 1200 baht, le service du type qui me fait passer la frontière 200 baht. Je comprends un peu plus tard que ces émoluments sont de pures inventions et il paraît qu’à l’autre frontière plus au Nord, celle de Poipet, c’est pire. Qui plus est, comme j’ai un passeport biométrique, j’ai le privilège (ou pas), de présenter mes doigts à la machine à emprunte et ensuite fixer un point rouge… J’ai l’impression de loucher. Bref, nous passons finalement la frontière.

La suite de la route jusqu’à Sihanoukville est une autre aventure. Les routes sont différentes, moins bien entretenues mais quand même, elles sont goudronnées.

De Ko Pha Ngan à Trat

Voilà c’est fait ! 36 heures de voyages de Koh Pha Ngan à la petite ville frontalière de Trat. Comment était le trajet ?

Après notre séance rodéo à bord du pick up, nous avons pris le bâteau de Thong Sala à Surat Thani. Juste le temps de prendre un terrible coup de soleil qui me suivra jusqu’au Cambodge. Un nouveau trajet en bus jusqu’à la gare où nous prenons le train de nuit jusqu’à Bangkok. Nous passerons une nouvelle nuit à bord du train, dans les fameuses couchettes.

De là, un court trajet en métro jusqu’à la gare routière. Notre bus thaïlandais nous emmène jusqu’à Trat où nous séjournerons une journée avant de reprendre la route.

Un bout de paradis

Notre long séjour sur l’île de Ko Pha Ngan se termine. Un petit clin d’oeil à notre Bungalow, à notre hôtesse et aux personnels de l’Eden Garden et nous descendons nos affaires sur la plage de Haad Yuan. Nous ne prendrons pas de bâteau jusqu’au débarquadaire, car les eaux sont trop mouvementées mais le fameux 4×4 du jour prédécent. Il est 9 heure, nous montons dans le pick-up et c’est parti !

Des routes vertigineuses

Personne. Devais-je m’y attendre ce matin en descendant au bar ? Si on se tient au rythme de vie ici, évidemment. Je n’ai toutefois pas le courage de prendre mes affaires et de partir sur la plage de l’autre côté de la coline. Moi aussi je commence à être happé par ce mode de vie. Entre la nuit, les siestes, je dos bientôt 16 heures par jour.

Hier soir, à court d’argent, nous décidons d’aller en ville. Avec les bourasques de vent, les barques évitent de prendre l’eau. Qui plus est, hier, l’une d’entre elle a pris l’eau et pendant quelques heures, une dizaines d’homme se sont affairés à en retirer l’eau. Donc nous roulons dans le coffre d’un énorme 4×4. Les montées, comme les descentes sont vertigineuses. La Jeep se met alors en mode 4×4 et ralentit presque au point mort sa vitesse dans les pentes. Assis à l’arrière du pickup, nous nous balaçons au gré des trous, bosses et quelques fois des branches nous giflent le visage. Mieux vaut s’astreindre d’avoir un chapeau !

Demain nous reprendrons le train de nuit pour Bangkok.

10h00 L’envie irrépressible de jouer de la guitare est de plus en plus envahissant. Au point qu’à l’istant, j’écoute Eddie Vedder en imaginant sa satanée guitare entre mes mains. Enfin, le son m’apaise à défaut de gratter les cordes. Existe-t-il des poux de guitare ?
Ce sont véritablement trois des plus belles choses en ce monde que le chant, la musique et la danse. A l’instant, je vois trois personnes qui représentent bien chacune d’entre elle.

Changeons de sujet. Le premier bienfait de ce voyage est de ralentir mon rythme de vie. Comme disait Sofia, sur une île on finit par ne plus décrocher. Une semaine plus tard, nous demeurons encore ici. Bercé par les vagues, caressé par le soleil et touché par la gentilesse de nos hôtes.

Sur le pont menant à notre Bungalow, 3 autochtones remontent un bungalow en bamboo. C’est le principal matériel de construction, avec un autre arbre dont le nom m’échappe. Le toit quant à lui est recouvert de feuillage de palmier. Il y a deux ans, une tempête a emporté et détruit la plupart des constructions au bord de l’eau.

Made with Love @ 2017 Samuel Monnard